Les monts du matin

Où l'on appelle des renforts...

Le Seigneur Roch mis en émoi par ce nouvel attentat se rendit lui-même à cheval auprès du centenier de la circonscription (actuellement Romans) pour lui demander de l’aide. Ce dernier, devant la particularité de cette affaire, le pria d'en référer au Comte, afin d'obtenir un détachement armé qui inspecterait le pays.
A son retour, le Seigneur fit préparer deux cavaliers avec mission de joindre au plus tôt la capitale (Grenoble).

Le Comte était auprès du souverain pour affaire relative à la guerre d'Espagne et ce fut le substitut qui reçut les messagers fatigués et poussiéreux.
- "Votre histoire est pour le moins fantasque dit-il, mais je vous envoie une brigade de lanciers pour exorciser votre pays".
Moins de 24 heures plus tard, c'est à dire le dernier jour de l'an 776, 30 cavaliers armés, commandés par un vidame et son lieutenant, se présentèrent à la Joncheraye où ils furent royalement reçus. Le lendemain à l'aube, malgré le froid piquant, les volontaires que le Seigneur avait fait avertir, et les soldats, par groupes séparés partirent à la recherche du monstre invisible.

Tous les taillis, buissons furent inspectés. La montagne de Musan fut sillonnée par les lanciers et leurs guides. Sonèze, la Tête d'Homme, le Pré de Cinq Sous, la Ragnole furent visités dans tous leurs recoins accessibles. La Baume des Fées, jusqu'ici inviolée, se révéla impraticable par ses gouffres et ses failles insondables et parut inhospitalière même à un fauve solitaire.
Hélas, après six jours de recherches infructueuses, le seigneur Roch ordonna de cesser les battues et les lanciers reprirent le chemin des Alpes.

Le lendemain, au début de l'année 777, le seigneur fit assembler à son château les notables de ses sept villages et leur tint ce propos ;
"Le mystère de cette bête féroce qui dévaste notre pays, reste impénétrable. Ne faut–il pas y voir un fléau que le ciel nous envoie en punition de notre manque de foi et notre négligence à construire une chapelle et aussi de notre manque de respect pour le repos dominical?
Puisque tous nos efforts ont été vains je fais ici, à la Vierge et devant vous, le voeu public et solennel de faire construire une église sur le lieu où la bête sera capturée ou détruite. Allez mes amis, et priez".
Devant le danger général, la foi parut se ranimer dans les villages et les hommes, étaient prêt à construire une église pour être délivrés de cette obsession.

A dater de ce jour, on n'entendit plus parler du monstre.

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