Les monts du matin

De nouvelles attaques de la bête...

Le malheureux père, Hugues Vales, longeant le ruisseau d'Icerna, se rendit à la Joncheraye conter ses malheurs au Seigneur Roch. " Le ciel vous console mon ami, lui dit celui-ci, quant à moi, j'envoie aussitôt deux cavaliers lever des volontaires sur mes terres pour partir à la recherche du monstre, afin de le détruire ou le capturer ". Il n'était point de retour au village que déjà des groupes d'hommes accouraient offrant leurs services. Au nombre de 200, et jusqu'à la nuit, ils fouillèrent les bois, les rochers, les grottes, mais sans rien découvrir.

La superstition et l'imagination aidant, les bruits les plus invraisemblables coururent dans tous les villages, où l'angoisse et la terreur régnèrent durant de longs jours. Les semaines passèrent sans qu'aucun détail nouveau ne fût découvert, et sans Dieu merci, de nouvelles attaques de la bête. Lorsque l'année suivante, à la lune nouvelle du mois de septembre, une vieille femme qui était occupée à ramasser des châtaignes et des glands dans un taillis entendit tout à coup se rapprochant d'elle, un fracas de branches cassées et de feuilles mortes remuées, semblable au galop d'un cheval emballé, auquel étaient mêlés des cris d'enfants, de chèvres, de moutons. Apeurée et abandonnant le fruit de sa cueillette, elle courut au village donner l'alarme.
Dans une clairière des moutons gisaient dans des mares de sang. Le reste du troupeau était dispersé et le petit berger César avait disparu. Des traces identiques à celles relevées l'année précédente étaient visibles dans les genêts et se dirigeaient vers le levant, du côté de Musan où le fauve devait avoir sa tanière.
Une battue au monstre fut de nouveau organisée de ce côté pendant trois jours, mais ni l'enfant, ni son ravisseur ne furent retrouvés.

Après cette seconde attaque, les femmes n'osaient plus sortir pour aller chercher de l'eau ou ramasser du bois mort et les enfants garder les troupeaux. Peu de temps après, la nuit de Noël de la même année, la sinistre bête faisait encore parler d'elle tandis qu'une mince couche de neige recouvrait le sol, un groupe joyeux d'hommes, de femmes et d'enfants, éclairés de torches, se rendaient dans un village d'en bas pour fêter Noël à leur façon puisqu'il s'agissait de passer la nuit à chanter, rire et danser, tout en mangeant les traditionnelles besantyes (galette de blé noir) accompagnées de risoles (châtaignes rôties au four), le tout copieusement arrosé d'hydromel et de cidre.
A un détour sombre du sentier qu'il descendait, le groupe fut brusquement assailli par une bête féroce qui bondit hors du fourré et s'élança sur eux dans un rugissement féroce. L'attaque ne dura que quelques secondes et le fauve disparut laissant trois blessés et semant la panique.
C'est certainement grâce à la courageuse intervention des hommes qui l'attaquèrent avec leurs torches enflammées et leurs gourdins que la bête n'emporta pas de victimes. Le même soir, dans un village près d'un torrent, au pied de la montagne, une grande paillote faisant office de bergerie était enfoncée, et le troupeau décimé et dispersé.
Le lendemain de nouvelles recherches étaient entreprises, et grâce à la neige, les traces du monstre purent être suivies jusque dans la montagne, à une pierrelle verticale dépourvue de neige et qui donne accès à une grotte profonde et inexplorée qui porte le nom des trois fées qui l'habitèrent.

L'animal sanguinaire y trouvait-il refuge ?

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